A Verdun, Marine Le Pen monte au front contre Macron

« Quand Madelon vient nous servir à boire… » Les quelque 350 militants du Rassemblement national (ex-FN) attablés sous un chapiteau dressé dans la périphérie de Verdun (Meuse) entonnent ce chant militaire dédié au repos et au plaisir du soldat. Histoire de réchauffer l’atmosphère, alors qu’une pluie battante tombe depuis le début de la matinée sur Marine Le Pen, qui célèbre à sa façon la commémoration de la fin de la guerre de 14-18.

Le jour même où Emmanuel Macron reçoit 69 chefs d’Etat à Paris et arpente en compagnie d’Angela Merkel la clairière de Rethondes, la cheffe frontiste a souhaité prendre le contre-pied. « Nous ne laisserons pas dire que l’enseignement de quatre années de souffrance doit être la repentance, le renoncement et la lâcheté », tacle-t-elle, alors que son parti veut au contraire mettre l’accent sur « la victoire » de la France.

Quatre jours après le Président de la République, Marine Le Pen s’est inclinée à son tour devant l’Ossuaire de Douaumont (érigé en mémoire des soldats tombés pendant l’emblématique bataille de Verdun en 1916), avant de retrouver ses troupes pour un banquet, certes mémoriel, mais aussi et surtout électoral, à six mois des européennes, où son parti est donné en tête par les sondages.

A ses côtés, deux parlementaires russes (dont un issu du parti de Poutine), une eurodéputée britannique, mais aussi Tom Van Grieken, le jeune leader du Vlaams Belang, le parti d’extrême droite belge, qui arrache un « On est chez nous » à la foule en scandant : « Nos peuples ne veulent pas être envahis par des populations entières. » Le ton de la campagne électorale est donné… Marine Le Pen, qui entend imposer la question de l’immigration au cœur du scrutin, reprend la balle au bond juste après : « Nous ne renoncerons pas à défendre notre terre, notre liberté, notre souveraineté. À ceux qui voudraient nous submerger, je dis : on ne passe pas. »

La Première Guerre mondiale lui fournit aussi une occasion d’une charge très nationaliste contre l’Union européenne. « Ce ne sont pas les nations qui ont causé la guerre, mais les empires », professe-t-elle en comparant l’UE à un empire en devenir, « assis sur les peuples », lors d’un long dégagement sur les leçons de 14-18. Un exposé où elle cite pêle-mêle Charles de Gaulle, Charles Péguy, et même Victor Hugo. Le nom du maréchal Pétain, qui a resurgi cette semaine dans l’actualité, n’est en revanche pas mentionné.

Emmanuel Macron, lui, en prend pour son grade. « Les insultes, les menaces comme les leçons de morale à la terre entière ne peuvent tenir lieu de politique étrangère », charge-t-elle. Avant de moquer l’itinérance du chef de l’Etat qui a « erré » toute la semaine. A peine le discours de Marine Le Pen terminé, un cadre enjoint les militants qui s’éparpillent à se mobiliser pour la journée des « gilets jaunes » contre la hausse des carburants, samedi prochain.