À Verdun, Marine Le Pen organise son contre-centenaire de 14-18

LE SCAN POLITIQUE – Marine Le Pen a rendu hommage ce 10 novembre à Verdun aux «soldats de 14» et célébré leur «magnifique victoire».

Rarement hommage aura emprunté autant au registre de la riposte politique. À l’occasion du centenaire de la fin de la Grande Guerre, c’est à Verdun que Marine Le Pen a souhaité, ce 10 novembre, saluer la mémoire du «plus terrible mais éclatant sacrifice des soldats qui ont permis la plus grande victoire de notre histoire».

Accompagnée de la quasi-totalité de son bureau politique, la chef de file du Rassemblement national s’est recueillie devant l’ossuaire de Douaumont. Là où reposent les corps de quelque 130 000 soldats inconnus, tombés dans l’une des plus meurtrières batailles de 14-18. «Un champ de croix blanches dans l’immensité du silence. Sublime et émouvant temple de la patrie des hommes», louera la députée du Pas-de-Calais devant le monument de la Victoire qui domine la tristement célèbre ville de la Meuse.

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Malgré leur «esprit de sacrifice», érigé en exemple «au moment où la Nation traverse des moments de doute», le souvenir des poilus n’aura pas seul plané sur la journée de commémoration de Marine Le Pen. L’ombre du chef de l’État, comme la perspective des prochaines européennes s’y seront, elles aussi, invitées. Des affiches exhibées à la gloire de «l’armée bleue», à l’inhabituel lyrisme usé pour surligner leur triomphe, sans oublier les anecdotes de combats distillés par le cadre RN, et ancien professeur d’histoire, Gilles Penelle, tout aura sonné comme un parfait contre-pied aux cérémonies officielles du 11-novembre imaginées par le chef de l’État.

Dénuée de toute «expression militaire» afin de ménager les susceptibilités allemandes et mettre «l’accent sur la paix plutôt que sur la victoire», l’organisation du sommet du 11-novembre par l’Élysée fait tiquer: «Nous ne laisserons pas enlever leur magnifique victoire aux soldats de 14. Descendants proches de ses héros, nous ne nous laisserons pas gagner par la repentance ou la lâcheté», griffe dans son discours Marine Le Pen, quelques minutes avant de fustiger la semaine d’«errance» mémorielle que vient de vivre le chef de l’État, faite de «communication hasardeuse et de commentaires sur le prix de l’essence». Dans la salle, le conseiller régional d’Ile-de-France, Jean-Lin Lacapelle, abonde: «Il faut arrêter de cracher sur le passé. Le Président oublie qu’il y a un million quatre cent mille personnes qui ont versé leur sang.»

Attablés près de l’estrade, les quelques partenaires étrangers du RN ayant fait le déplacement applaudissent. Le patron du parti belge Vlaams Belang, Tom Van Grieken, est de ceux-là comme deux députés russes proches du parti de Vladimir Poutine. Ou encore l’eurodéputée ex-UKIP, Janis Atkinson. «Matteo Salvini était lui aussi prêt à venir, il aurait été ravi. Mais il a pas mal de soucis avec son budget», veut convaincre le conseiller de Marine Le Pen, Philippe Olivier, tandis qu’aucun représentant de la Ligue italienne n’est présent.

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Donnée désormais en tête dans les sondages pour les prochaines européennes, Marine Le Pen n’aura pas résisté non plus à la tentation d’évoquer, devant 500 de ses fidèles et cadres, les enjeux du scrutin de mai prochain: «Ceux ne sont pas les nations qui ont produit la guerre, mais les empires. Que font les européistes? Ils organisent à marche forcée une construction européenne sur le modèle d’un empire centralisateur, qui annihile la souveraineté des Nations et qui nivelle par le bas leur culture, qui use tour à tour de la menace, du chantage et de la pression.»

Qu’importe que le parallèle entre la Grande Guerre et les futures européennes paraisse osé. Chef de la délégation RN au parlement européen, l’eurodéputé Gilles Lebreton justifie: «Verdun, c’est un lieu emblématique de la résistance française. C’est une source d’inspiration pour les batailles à venir.» Recueillement ou non, il n’est pas de trêve en politique.