La guerre dans l'est de l'Ukraine en cinq points

Voici les étapes-clés de la guerre entre les forces de Kiev et les séparatistes prorusses dans l’est de l’Ukraine, où les deux républiques autoproclamées de Donetsk et Lougansk organisent le 11 novembre des élections législatives et présidentielle jugées illégitimes par les Occidentaux.

Ce conflit, qui a fait plus de 10.000 tués depuis son déclenchement il y a quatre ans, a considérablement baissé d’intensité après la signature en février 2015 des accords de paix de Minsk, dont le volet politique est resté en grande partie lettre morte.

– Séparatistes ou troupes russes? –

Le conflit a débuté en avril 2014, deux mois après l’arrivée au pouvoir à Kiev de dirigeants pro-occidentaux à la suite du soulèvement pro-européen du Maïdan réprimé dans le sang et qui a débouché sur la fuite en Russie du président Viktor Ianoukovitch après sa destitution.

En mars 2014, la Russie annexe la péninsule ukrainienne de Crimée après l’intervention de ses forces spéciales et l’organisation en quelques jours d’un référendum, dénoncé comme illégal par Kiev et par les Occidentaux.

Plusieurs semaines plus tard, une rébellion prorusse éclate dans deux régions industrielles de l’est de l’Ukraine, à majorité russophone, prend rapidement un caractère armé.

Kiev et les Occidentaux accusent la Russie de soutenir les rebelles en envoyant des hommes et du matériel par la partie de la frontière qui échappe au contrôle de l’Ukraine. Moscou a toujours démenti, malgré des arrestations de soldats russes et des témoignages de médias occidentaux, ne reconnaissant la présence en Ukraine que de « volontaires » russes partis combattre de leur propre initiative.

– Bataille qui a changé la donne –

Malgré l’état lamentable de son armée, le gouvernement ukrainien a annoncé en avril 2014 le lancement d’une « opération antiterroriste » contre les séparatistes.

Portés par un élan patriotique, de nombreux Ukrainiens ont alors rejoint les rangs de l’armée ou des bataillons de volontaires dont certains échappaient au contrôle des autorités.

Après une série de défaites de Kiev, la donne semble changer et l’armée ukrainienne commence à reprendre rapidement le contrôle des territoires rebelles jusqu’à la bataille d’Ilovaïsk, la plus meurtrière pour les Ukrainiens fin août.

Près de 370 soldats y ont été tués, 84 portés disparus et 300 faits prisonniers par les séparatistes épaulés, selon Kiev et les Occidentaux, par plusieurs milliers de troupes régulières russes.

Ces lourdes pertes poussent le président ukrainien Petro Porochenko a signer début septembre de premiers accords de paix jugés par certains humiliants pour son pays, qui seront suivis de nouveaux accords l’année suivante.

– Une économie durement touchée –

Les lourdes dépenses militaires et la perte d’industries vitales en Crimée et dans les régions séparatistes ont pesé sur l’économie ukrainienne, qui se contracte de plus de 16% entre 2014 et 2015 avant de retrouver une croissance fragile (2,3%) en 2016.L’Ukraine réussit néanmoins à négocier une restructuration partielle de sa dette et obtient en 2015 un plan d’aide de 17,5 milliards de dollars du Fonds monétaire international (FMI) dont Kiev n’a reçu que 8,7 milliards de dollars en raison de retards dans les réformes promises. – Accords de paix –Les accords de paix dits de Minsk-2, conclus en février 2015 réduisent considérablement les affrontements, mais des violences éclatent régulièrement sur le front où les positions de chaque camp sont gelées.Le volet politique des accords, qui prévoit une large autonomie pour les régions rebelles et des élections locales dans ces dernières d’après les lois ukrainiennes, reste toutefois lettre morte, les belligérants se rejetant mutuellement la responsabilité de cet échec.L’annonce d’élections prévues le 11 novembre dans les deux régions séparatistes a suscité de vives réactions de Washington et des Européens qui ont dénoncé des scrutins « illégitimes ». – Luttes intestines ou opérations de Kiev –Les deux « républiques » séparatistes restent largement dépendantes de l’aide financière russe. Chacune a son propre « président » et ses forces armées.De nombreux chefs de guerre et responsables séparatistes ont été tués ces dernières années dans des attentats, victimes de luttes intestines ou encore d’opérations des services spéciaux ukrainiens, selon des versions invérifiables.L’homme fort de Donetsk, Alexandre Zakhartchenko, tué le 31 août 2018 dans la capitale séparatiste, est le dernier chef rebelle en date à être victime d’un attentat. Le scrutin du 11 novembre vise à élire son successeur.