L'ancienne numéro un mondiale Justine Henin à coeur ouvert

Son regard sur le tournoi de Limoges

« Je ne connais pas bien le tournoi de Limoges, je suis ici pour le découvrir. C’est toujours pour moi des opportunités de conserver du contact avec le circuit. Je garde toujours un pied dans le monde du tennis, cela a été toute ma vie, c’est toujours un grand bonheur de venir et de ressentir les organisations, sur les grands tournois comme sur les petits.

Ces tournois comme ici à Limoges sont des alternatives fantastiques pour pas mal de joueuses. Certaines ont déjà mis un terme à leur saison, d’autres reviennent de blessures ou ont besoin de points. J’ai beaucoup de respect et d’admiration car ce n’est pas évident d’organiser des tournois comme celui-là. Je ressens néanmoins qu’il y a beaucoup de cœur à organiser les choses avec de la qualité. Et pour des joueuses, c’est précieux.

Cela peut être un tremplin. Une joueuse peut prendre beaucoup de points, elle peut se faire un nom… Ce sont des opportunités magnifiques pour beaucoup de joueuses qui n’ont pas l’accès aux plus grands tournois ».

Son regard sur le tennis féminin français

« Il y a du potentiel. La France est un grand pays, il y a cette attente _qui est légitime_ d’avoir des résultats. Personnellement, j’aime beaucoup Caroline Garcia, même si on sait qu’elle a parfois du mal à gérer un nouveau statut. J’avais eu l’occasion de la côtoyer sur le circuit il y a trois ans quand j’accompagnais Elina Svetolina. J’avais bien aimé la mentalité et la démarche, avec une construction sur le long terme, une ligne de conduite, une envie de faire évoluer son tennis. On sent que cela coince dans les moments plus importants. Mais cela reste une fille qui peut continuer à franchir des caps.

D’autres ont énormément de choses dans la raquette. Maintenant, cela ne suffit pas toujours. Etre au haut niveau et y rester, cela demande beaucoup de rigueur. D’une manière générale, le tennis féminin est touché par un manque de constance. On serait peut-être en espoir d’en attendre un peu plus de certaines. Mais je pense que cela peut continuer à bouger de manière positive ».

imageJustine Henin est l’invitée d’honneur de l’Engie Open 2018

Une joueuse coup de cœur

« J’ai toujours beaucoup aimé Simona Halep, par son jeu. Elle me rappelle la joueuse que j’ai été, pas très grande, pas très puissante, qui a beaucoup travaillé son physique. C’est une fille qui a une intelligence de jeu, qui essaie de faire des choses différentes. Cela me séduit, plus qu’un tennis stéréotypé où l’on essait de faire le point en trois, quatre frappes, sans construction. La Japonaise Naomi Osaka est aussi une joueuse que je vais suivre particulièrement. C’est une fille qui va, je pense, s’installer au top pendant un moment ».

Son intronisation au Hall Of Fame en 2016

« Cela fait toujours plaisir même si je n’ai jamais trop couru après ces récompenses-là. Ce qui me guidait, c’était d’être sur le terrain pour gagner un maximum de matches et de tournois. J’étais vraiment là pour le jeu et pour la gagne. Je suis une compétitrice dans l’âme à la base. Et puis, je l’ai réalisé plus tard, cela a nourri mes émotions avec le public. C’est plus sur ma fin de carrière que j’ai conscientisé cela. Ma grande chance, cela a été les émotions procurées par l’instant et le partage que cela génère avec les gens autour de nous.

La reconnaissance par des récompenses, je les accepte toujours et c’est évidemment un honneur. Mais ce n’est pas ce que je garde le plus précieusement au fond de moi. Ce n’était pas ma quête en tout cas au début. Pour moi, le but était de gagner des matches, des tournois et devenir numéro 1 mondiale. C’est avec le recul que l’on se dit que l’on a peut-être pu apporter un petit quelque chose à l’histoire de son sport, et c’est évidemment très précieux ».

Une carrière de coach ou capitaine de Fed Cup ?

Pour ce qui est de capitaine de Fed Cup, je ne suis pas sûre que cela me corresponde. Il faut être capable dans un laps de temps assez court de sortir le meilleur des joueuses et moi j’aime bien travailler sur le long terme. Cela me passionne plus ».

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Consultante télé

« Il y a beaucoup de plaisir. Cela me permet de rester connectée au monde du tennis de manière très proche. Je crois que j’ai aussi du recul pour le faire d’un point de vue émotionnel et donc d’avoir un esprit neutre. Je me sens à ma place. J’aime bien aussi partager et débattre, cela me permet de m’enrichir ».

Son association Justine for kids

« C’est une association qui vient en aide aux enfants malades et handicapés et à leurs familles en Belgique. Cela représente beaucoup pour moi. Avec ma vie de famille, c’est ce qu’il y a de plus important pour moi. Cela fait dix ans que j’ai créé Justine for kids mais cela fait plus de 15 ans que je m’investis dans des œuvres caritatives, de part mon histoire familiale. J’ai perdu ma maman très jeune d’un cancer et donc quand je suis devenue connue, j’ai vraiment eu envie de donner du sens à tout cela. J’ai eu différents contacts avec des associations. Et les enfants malades, cela m’a parut une des plus grandes injustices au monde.

L’idée a alors été de créer des activités pour l’espace d’un après-midi, un jour, un week-end, une semaine… Le but est de permettre à ces enfants de sortir de leur quotidien. Et on a un grand projet, c’est de construire une maison de répit pour les enfants qui sortent d’une longue hospitalisation. Ce serait un peu une maison d’hôte, une maison de vacances, ce serait gratuit, avec toutes les aides, et les enfants et la famille pourraient se retrouver dans un endroit neutre et avec des activités qui leur seraient proposées ».

Ses envies pour la suite

Après, la transmission et le partage sont importants pour moi, que ce soit à travers Justine for kids, mon académie, la consultance, la télé… »

Entretien Xavier Georges

Twitter : @Xavier_Georges