Le XV de France s'incline sur le fil face aux Springboks

Au Stade de France

Sur la touche, Guilhem Guirado s’effondre, visage contre le sol. Sur le terrain, incrédule, Mathieu Bastareaud répète «ce n’est pas possible, ce n’est pas possible…» Les Bleus baissent la tête, les épaules s’affaissent. La victoire qui leur a longtemps tendu les bras vient de leur échapper. Cinq minutes au-delà du temps réglementaire. Un énième maul des Springboks dont s’extrait le talonneur remplaçant, Bongi Mbonambi, pour crucifier le XV de France. Défaite 26-29. Une de plus. La cinquième de rang pour égaler la plus mauvaise série de l’histoire qui remontait… à 2017 avec Guy Novès qui avait alors effacé des tablettes un record vieux de trente ans.

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Les Bleus ont compté 14 points d’avance

Les Bleus y ont longtemps cru pourtant. Surtout après l’essai en force de Bastareaud, juste au retour des vestiaires, qui donnait alors 14 points d’avance à son équipe (23-9, 42e). Mais ce XV de France manque trop de confiance pour enfoncer le clou. Sur le renvoi, Vahaamahina se rate, ses partenaires, pas assez concentrés, ne rattrapent pas le coup et l’ailier Nkosi, cinquième essai en 6 sélections, remet aussitôt les Springboks dans la course (23-16, 44e). Cruel. Car Guirado et ses partenaires se mettent à avoir les mains qui tremblent, à multiplier les fautes au sol. Handré Pollard, 7 sur 7 dans son rôle de buteur métronome, ramène les siens petit à petit. Et le pire est évité de peu à deux reprises. Deux essais sud-africains refusés après arbitrage-vidéo. Cheslin Kolbe a échappé le ballon au moment d’aplatir (68e) et la dernière passe pour Dyantyi est jugée en-avant pour un second essai refusé (83e). Le dénouement si douloureux interviendra deux minutes plus tard…

Après avoir frôlé le meilleur, ce XV de France s’enfonce un peu plus. Un sixième revers de rang face à une équipe d’Afrique du Sud qu’elle n’a plus battu depuis 2009. Dommage car les Bleus ont longtemps rivalisé avec les tombeurs des All Blacks (en septembre). Grâce, il est vrai à un plan de jeu, simpliste. Mais, au moins, cette trame minimaliste avait permis aux Français de profiter de quelques repères bienvenus. D’abord défier les Springboks à leur propre jeu : le défi frontal. Pour créer des points de fixation à défaut de vraiment avancer. Ensuite un demi de mêlée, Baptiste Serin, plutôt à l’aise et vif dans la distribution. Enfin, si les trois-quarts ne franchissent pas le premier rideau défensif, un recours fréquent au jeu au pied, en particulier celui de Camille Lopez qui n’a cessé, sans complexe, d’allumer des chandelles, de glisser des ballons rasants ou frapper des transversales. En particulier à destination de Damian Penaud, centre fraîchement reconverti ailier à Clermont et particulièrement à l’aise sous les ballons hauts. Ajoutons à ces basiques, un Maxime Médard retrouvé, pour quelques belles relances, et un Teddy Thomas pouvant sortir à n’importe quel moment un improbable exploit individuel. Quel dommage que l’ailier du Racing oublie trop souvent ses soutiens…

Des fautes de goût irritantes

Le problème, c’est que l’exécution de ce plan n’a pas été parfait, loin de là. Et c’est le contraire qui aurait été étonnant vu les prestations du XV de France ces dernières années (14 défaites lors de ses 20 derniers matches). Il y a eu un peu trop d’indiscipline, en particulier dans le jeu au sol, pour permettre à Handré Pollard de maintenir sans cesse son équipe dans le match (cinq pénalités aux 13e, 21e, 28e, 52e et 60e minutes), deux ou trois conquêtes mal assurées et, surtout, des fautes de goût irritantes. Tellement rageantes car elles ont annihilé de véritables occasions d’essai.

On pense à cet énorme groupé-pénétrant dans les 22 mètres sud-africains, le ballon sort, Lopez tente un petit coup de pied rasant plutôt que de servir Bastareaud, lancé à hauteur au pied des poteaux. L’ouvreur est contré, Teddy Thomas récupère, tente à son tour un petit jeu au pied mais Damian Penaud est trop court d’une main pour aplatir (17e).

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On pense, surtout, à cet incroyable numéro de Teddy Thomas. L’ailier du Racing transperce tous les rideaux défensifs, échappe à quatre cinq plaquages pour se présenter seul devant le dernier défenseur entouré de trois coéquipiers au soutien. Il choisit la carte personnelle, s’empale sur l’arrière et perd le ballon. A se taper la tête contre les murs (35e). Heureusement, deux minutes plus tard, le pack tricolore fait de nouveau souffrir les massifs avants sud-africains. Un maul dont s’extrait Guilhem Guirado pour aplatir en puissance (37e, 16-9). Le cinquième essai du capitaine du XV de France qui n’avait plus marqué en bleu depuis mars 2016 (contre l’Ecosse).

On pense enfin à cette faute de concentration de ces incorrigibles Français. Sitôt l’essai du break inscrit en puissance par Mathieu Bastareaud (42e, 23-9), les Bleus en concédaient un dans la foulée. Sur le renvoi, Vahaamahina se ratait et ses coéquipiers, inattentifs, laissaient l’ailier Nkosi aplatir son 5e essai en six sélections (44e, 23-16). L’exploit s’est sûrement envolé à ce moment-là. Les Bleus ont alors commencé à gamberger et à lentement décliner physiquement. Ils se sont accrochés jusqu’au bout. Mais ce XV de France a encore du boulot devant lui pour gagner en maîtrise. A défaut d’un match-référence, d’une victoire bonne pour le moral, ils pourront se dire qu’ils n’ont pas à rougir de leurs prestations. Que le coup n’est vraiment pas passé loin. Il devra impérativement être gagnant samedi prochain à Lille face à l’Argentine, que les Bleus retrouveront dans dix mois au Japon dans leur poule de Coupe du monde.