Aux Etats-Unis, un shutdown record au détriment de l'économie

La paralysie de l’administration américaine a franchi un record de durée dans la nuit de vendredi 11 à samedi 12 janvier. Le Sénat doit de nouveau se réunir à partir du 14 janvier pour tenter de trouver une issue favorable à une situation qui coûterait 1,2 milliard de dollars par semaine à l’économie du pays.


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Des travailleurs fédéraux qui n’ont pas reçu leur paie à cause du shutdown, le 11 janvier 2019 dans la ville de Falls Church (Virginie).  / Win Mcnamee/AFP

► Qu’est-ce que le shutdown ?

Le « shutdown », « fermeture », en anglais, désigne la paralysie des administrations fédérales aux Etats-Unis, faute de financement budgétaire. Il a démarré le 22 décembre 2018, depuis qu’un bras de fer oppose le président Donald Trump au parti démocrate sur le budget de l’État fédéral. Les démocrates refusent en effet de financer la construction d’un mur anti-migrants souhaité par Donald Trump, à hauteur de 5,7 milliards de dollars, le long de la frontière avec le Mexique.

Vendredi 11 janvier à minuit (c’est-à-dire samedi 5 heures du matin, GMT), cette paralysie administrative est devenue la plus longue de l’histoire du pays. Le « record » précédent – 21 jours – remontait à l’époque de Bill Clinton, en 1995-1996. A ce stade, aucun compromis n’a pu encore être trouvé. Le Sénat devrait se réunir à nouveau lundi 14 janvier.

► Quelles sont les conséquences économiques du « shutdown » ?

Depuis le 22 décembre, 800 000 fonctionnaires fédéraux (sur 2 millions) sont concernés. La moitié d’entre eux, jugés « non essentiels » ont été placés en congés sans solde. L’autre moitié a été réquisitionnée, sans pour autant être payée.

Ce blocage n’est pas le premier – il y en a déjà eu 21 depuis 1976. Mais les précédents n’avaient pas duré assez longtemps pour affecter la croissance du pays alors que l’arrêt actuel se prolonge depuis trois semaines, un scénario inédit.

La fermeture partielle de l’administration américaine coûte 1,2 milliard de dollars par semaine à l’économie, calcule déjà Ann Beth Bovino, cheffe économiste chez Standard and Poor’s Global Ratings. Si elle se poursuit encore deux semaines, la paralysie aura coûté aussi cher au pays que le mur réclamé par Donald Trump. « Au fur et à mesure que le blocage s’inscrit dans la durée, la souffrance s’accroît », décrit-elle.

Outre la rémunération des fonctionnaires, c’est toute l’activité du pays qui s’en ressent. Les agriculteurs sont en première ligne. Ceux qui souffrent de la guerre commerciale déclenchée par Donald Trump ne peuvent pas actuellement toucher l’aide compensatoire promise, tandis que les subventions pour l’achat de graines et d’aliments pour animaux ne sont pas fournies aux agriculteurs qui commencent leurs semis.

Du côté des entreprises, le gendarme de la bourse, la SEC, a cessé de traiter les formalités d’introduction en bourse tandis que les permis d’exploitation de pétrole et de gaz prennent du retard.

Les États-Unis s’enfoncent dans l’impasse budgétaire

Pour les citoyens les plus démunis, le risque se rapproche de se retrouver sans assistance alimentaire à partir de la fin février, date de la fin des budgets actuels. Conséquence : la Réserve fédérale a demandé aux banques de faire preuve de compréhension et le ministère du Logement a demandé aux propriétaires de ne pas expulser les locataires les plus pauvres et dont le loyer est subventionné par le gouvernement fédéral.

Le tourisme aussi est à la peine : les parcs nationaux fonctionnent au ralenti, faute de gardes, ce qui se répercute sur la fréquentation des hôtels et restaurants… Chaque jour en temps normal, les 400 parcs nationaux rapportent en temps normal 18 millions de dollars.

La capitale fédérale de Washington est particulièrement concernée également puisqu’elle abrite 20% des travailleurs fédéraux, qui ont cessé logiquement toute dépense de consommation, de loisirs…

Plus largement, les 800 000 fonctionnaires actuellement non payés sont redevables, au total, d’environ 438 millions de dollars par mois en loyers et en versements hypothécaires, d’après les calculs de la société immobilière Zillow.

► Quelles sont les perspectives ?

La Chambre des Représentants a d’ores et déjà voté vendredi 11 janvier, à une écrasante majorité, une loi déjà adoptée par le Sénat qui garantit aux employés fédéraux une paye rétro-active. Mais elle ne concerne pas les travailleurs sous contrat avec le gouvernement, qui perdent actuellement 200 millions de dollars par jour, selon une estimation de l’agence Bloomberg News.

« J’ai un plan pour le shutdown», a assuré Donald Trump samedi 12 janvier. Selon plusieurs médias américains, la Maison Blanche envisagerait de rediriger des fonds d’aide d’urgence pour différents territoires ravagés par des catastrophes naturelles, comme Porto Rico, pour financer la construction d’une barrière à la frontière.

Mais vendredi 11 janvier, le milliardaire républicain avait assuré ne pas vouloir déclarer «si vite» une telle procédure d’urgence nationale, qui plongerait à coup sûr le pays dans une tempête politico-judiciaire. «Je veux donner [aux démocrates] l’occasion de voir s’ils peuvent se comporter avec responsabilité», a-t-il aussi justifié dans une interview samedi soir sur la chaîne Fox News.

Comment sortir par le haut de cette paralysie ? Si elle se prolongeait, elle aurait « un effet notable » sur la première économie du monde, a pour sa part mis en garde le patron de la Réserve fédérale américaine, Jerome Powell.

Marie Dancer (avec AFP)