Israël n'avance plus masqué face à l'Iran

Si les frappes israéliennes sur le territoire syrien contre des cibles présumées iraniennes n’ont jamais été un secret, Israël les a très rarement confirmées publiquement. L’État hébreu est néanmoins passé aux aveux durant le week-end.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a ainsi reconnu hier que son aviation avait effectué vendredi un raid contre des « entrepôts d’armes » iraniennes dans l’enceinte de l’aéroport international de Damas. « Il y a juste 36 heures, notre aviation a attaqué des entrepôts iraniens contenant des armes iraniennes à l’aéroport international de Damas », a-t-il affirmé lors du Conseil des ministres hebdomadaire, selon son bureau. « La multiplication des attaques récentes démontre que nous sommes plus déterminés que jamais à agir contre l’Iran en Syrie, comme nous nous y sommes engagés (…) Nous avons remporté des succès impressionnants en vue de bloquer l’implantation militaire iranienne (…). L’armée israélienne a attaqué des cibles iraniennes et du Hezbollah des centaines de fois », a également affirmé M. Netanyahu.

Dans le même temps, le chef d’état-major israélien, Gadi Eizenkot, qui s’est presque toujours montré hostile à donner des interviews, est allé plus loin en chiffrant par « milliers » le nombre de frappes de l’État hébreu contre des cibles iraniennes en Syrie « ces deux dernières années », dans un entretien qu’il a accordé au New York Times samedi dernier, quelques jours avant son départ à la retraite. « Nous avons atteint des milliers de cibles sans revendiquer notre responsabilité ni demander de crédit », explique-t-il.

Gadi Eizenkot a ainsi livré de très nombreux détails sur la guerre « secrète » entamée dès janvier 2017 par Israël contre la force al-Qods (Unité d’élite des gardiens de la révolution commandée par le général Kassem Soleimani) en Syrie. Cette guerre, menée par le biais d’attaques contre des cibles iraniennes, et pas seulement contre des convois d’armes du Hezbollah comme c’était le cas à partir de 2011, a, selon M. Eizenkot, été autorisée par le cabinet de sécurité israélien, notamment à cause des changements dans la stratégie iranienne en Syrie. « Nous avons constaté un changement important dans la stratégie de l’Iran. Leur vision était d’influencer considérablement la Syrie en mettant en place une force pouvant compter jusqu’à 100 000 combattants chiites venus du Pakistan, d’Afghanistan et d’Irak. Ils ont construit des bases de renseignements et une base aérienne au sein de chaque base aérienne syrienne, et ils ont amené des civils pour les endoctriner », a-t-il expliqué au New York Times. Le quotidien américain est même allé jusqu’à qualifier le chef d’état-major israélien comme « l’homme qui a humilié Kassem Soleimani ». Les différentes déclarations de MM. Netanyahu et Eizenkot montrent ainsi qu’Israël ne cherche plus à cacher ses opérations contre l’Iran en Syrie.

Confiance en soi

Même si ses dernières frappes ont été menées loin de la zone contrôlée par les Russes (Tartous et Lattaquié) pour se concentrer davantage sur la région de Damas, l’armée israélienne veut non seulement montrer qu’elle peut agir où et quand elle le souhaite, mais qu’elle a aussi les moyens de ses ambitions. Le président russe Vladimir Poutine et Benjamin Netanyahu se sont d’ailleurs parlé la semaine dernière au téléphone et sont convenus de poursuivre la coordination entre leurs deux armées en Syrie. Le Premier ministre israélien a néanmoins tenu à rappeler que l’État hébreu « continuera d’agir contre les tentatives de l’Iran pour s’implanter militairement en Syrie », et ce même si les Américains quittent la Syrie, comme l’a annoncé Donald Trump le 19 décembre dernier.

Une décision surprise qui a engendré une série d’inquiétudes côté israélien. L’État hébreu craignant que l’Iran, sa bête noire, mais aussi celle des Américains, ne reprenne du poil de la bête et n’en profite pour accroître sa présence en Syrie. Mais au lendemain de l’annonce du président américain, Benjamin Netanyahu a tenu à rassurer l’opinion publique israélienne en affirmant que la décision américaine « ne changera pas la cohérence de notre politique » et que « si besoin est, nous élargirons même nos actions là-bas ». Le raid de vendredi dernier et la confirmation des centaines (ou des milliers) de frappes contre les cibles iraniennes en Syrie s’inscrivent ainsi dans la continuité de cette politique entamée depuis 2017. « Nous avons une supériorité totale sur le renseignement dans ce domaine. Nous bénéficions d’une totale supériorité aérienne. Nous avons une forte dissuasion et nous avons la justification d’agir », a poursuivi M. Eizenkot dans son interview au NYT. Le chef d’état-major a fait du combat contre l’Iran et le Hezbollah la priorité de son mandat, et va même jusqu’à le placer devant le combat contre le Hamas dans la bande de Gaza.

La poursuite de la politique israélienne en Syrie pourrait enfin permettre à M. Netanyahu de remonter dans l’estime de la population et de promouvoir son image de « monsieur sécurité » en vue des prochaines élections législatives du 9 avril prochain, pour lesquelles il s’est déclaré candidat et fait actuellement campagne.

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