Kurdistan. Öcalan, vingt ans dans les geôles turques

Fondateur et leader du Parti des travailleurs du Kurdistan, Apo (oncle), comme il est surnommé, a été arrêté illégalement le 15 février 1999.

C’était il y a vingt ans, pratiquement jour pour jour. Le 15 février 1999, Abdullah Öcalan, chef historique du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), est arrêté illégalement au Kenya par des agents des services secrets turcs, qui ont bénéficié de l’aide et des renseignements de la CIA. Transféré en Turquie, il est d’abord condamné à mort en juin 1999, avant que sa peine ne soit commuée en détention à perpétuité.

Ce 15 février 1999 marque la fin d’une longue traque et d’un exil qui aura duré lui aussi vingt ans. ­Abdullah Öcalan est né le 4 avril 1949 dans une famille paysanne de six enfants dans le village d’Ömerli, à la frontière syrienne. Jeune étudiant en sciences politiques à Ankara, il est l’un des fondateurs de la Ligue des étudiants démocratiques de cette ville, ce qui lui vaut un premier séjour de sept mois en prison, en 1972, à la suite du coup d’État de 1971. Il retourne alors, avec vingt-cinq camarades, au Kurdistan. Leur groupe va se transformer, le 27 novembre 1978, en Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui se réclame du marxisme-léninisme avec, comme objectif, la libération nationale. Öcalan en devient le premier secrétaire, mais doit quitter le pays en juillet 1979 à cause de la répression qui s’abat sur le PKK et va s’intensifier contre l’ensemble des organisations de gauche après le coup d’État militaire de 1980. L’option de la lutte armée est retenue et engagée le 15 août 1984, suite à l’impasse politique et à tout refus de discussion du pouvoir central turc.

Dans les années qui suivent, des dizaines de milliers de personnes seront tuées, des milliers de villages détruits, malgré les propositions de trêve formulées par celui que tout le monde va appeler Apo (oncle), en 1993 d’abord, puis en 1995 et 1998. Cette année-là, il est expulsé de Turquie, faisant les frais d’arrangements entre Damas et Ankara, mais ne trouve pas de destination finale, errant de capitale en capitale, d’aéroport en aéroport, jusqu’à ce fameux jour de février 1999.

Pourtant, vingt ans après sa capture, il reste, depuis l’île prison d’Imrali, au large d’Istanbul, une figure incontournable de la rébellion kurde. Plus de 300 détenus observent ainsi depuis plusieurs semaines une grève partielle de la faim, à l’initiative de la députée kurde du Parti démocratique des peuples Leyla Güven, pour protester contre l’isolement auquel il est soumis. Il n’a pas pu voir ses avocats depuis 2011. Les autorités n’ont permis à son frère, Mehmet, de lui rendre visite qu’à la mi-janvier. Pour la première fois depuis 2016. Recep Tayyip Erdogan, qui considère Öcalan comme l’ennemi public numéro un, connaît l’influence de ce prisonnier hors norme, capable de contrecarrer ses plans. Il continue de diriger son mouvement en délivrant jusqu’à il y a quelques années ses instructions à ses avocats et aux députés kurdes qui lui rendaient visite : tel le cessez-le-feu unilatéral de 2004 ou celui de 2013 pour permettre aux discussions qu’il mène avec Ankara d’aboutir à un règlement pacifique. Pour des raisons de politique intérieure, Erdogan rompra le dialogue en 2015 et empêchera désormais Öcalan de diriger réellement son organisation, misant sur la division du leadership, aidé par le sceau de « terroriste » qui marque le PKK, apposé par les États-Unis et l’Union européenne. Malgré les combats héroïques des combattants du PKK, en Irak comme en Syrie, contre l’« État islamique » et dont beaucoup sont tombés au cri de « Vive Öcalan ».