Lisa Azuelos : "Thaï s, ma fille, ma star"

Ma mère a toujours été mon journal intime. Que ce soit pour des histoires de garçons ou des histoires d’école, c’est elle que j’appelle en premier. » Entre Lisa Azuelos et sa fille Thaïs Alessandrin, c’est fusionnel. « Je n’aime pas ce terme, proteste Lisa. Car notre relation me paraît tout à fait normale. » Mais quand sa benjamine l’interrompt pour lui rappeler que tout le monde emploie ce terme pour définir leur lien, la réalisatrice se résigne : « Très bien, alors d’accord, nous sommes “fusionnelles”. » La famille a toujours été la plus grande source d’inspiration de la réalisatrice de « Lol ». « Je fais ma vie à l’écran, en quelque sorte. D’abord, je vis les choses, puis je filme ce que je vis, ensuite je regarde ce que j’ai vécu, et hop ! c’est reparti pour un tour. »

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Ce qui fait vibrer Lisa, depuis toujours, ce sont les petits problèmes « faits maison », les défis intérieurs du quotidien et les façons d’y faire face. « C’est lorsque je raconte des choses qui me sont arrivées que je touche le plus les gens, alors je continue. » « Mon bébé » est donc l’histoire d’une femme divorcée (jouée par Sandrine Kiberlain) qui élève seule ses trois enfants quand sa benjamine, Jade, postule pour faire ses études au Canada. Mais ce départ chamboule tout ce qui reste de la famille. Evidemment Lisa sait de quoi elle parle.

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« Thaïs est la petite dernière, dans tout le cliché du truc. On l’appelle tous “Bébé”, même si elle est grande maintenant. Mais, surtout, elle est le chouchou. » A l’écran comme à la ville, Thaïs Alessandrin possède un sourire ravageur et le charisme confiant de ceux qui ont été très aimés. Lisa Azuelos, elle, a grandi en pension.

Thaïs, 20 ans, graine de star comme sa grand-mère, « la fille aux yeux d’or ».
Thaïs, 20 ans, graine de star comme sa grand-mère, « la fille aux yeux d’or ». © Alvaro Canovas / Paris Match

« Ma mère [Marie Laforêt] s’occupait de sa carrière. Moi, j’ai toujours voulu être très présente pour mes enfants. Je n’avais pas tellement apprécié l’internat et, malgré mon divorce, je voulais que la maison soit un endroit où Carmen, Ilan et Thaïs seraient toujours bien nourris et beaucoup câlinés. » Elever seule ses enfants comportait, bien sûr, des risques et périls. « J’étais seule contre trois. Donc, mon intérêt était d’être un peu copine avec eux. Ils étaient en majorité ; s’ils voulaient foutre la merde, ce n’était pas compliqué ! »

Trois enfants et six films n’ont pas laissé à Lisa Azuelos beaucoup de temps pour retrouver l’amour. « N’ayant jamais souffert de manque affectif, je n’avais pas la motivation nécessaire pour chercher un mec. J’étais comblée par mes enfants et je me disais que j’y penserais… quand ils partiraient. » Comme l’héroïne du film, elle a passé son temps à filmer sa fille, avant son départ. « Le jour J, je l’ai accompagnée au Canada. Mais Thaïs, qui avait mal préparé ses papiers, s’est fait jeter. Nous avons dû rentrer en France sur-le-champ. L’aller-retour dans la nuit, ça fait très mal ! Résultat, j’étais plutôt contente quand elle a fini par partir pour de bon. »

Pour jouer le rôle de la fille, Thaïs s’est imposée comme une évidence. « Déjà, elle ne m’a pas vraiment laissé le choix. Il était impossible, m’a-t-elle affirmé, qu’elle ne joue pas son propre rôle. J’avais déjà fait deux films avec elle, et je la trouve excellente actrice. Je ne vois pas pourquoi je serais allée en chercher une autre ! La plupart des répliques sont tirées de vraies conversations que nous avons eues. » Le père de Thaïs est Patrick Alessandrin, réalisateur lui aussi. Le cinéma est donc une affaire de famille. Non contente de jouer, Thaïs voudrait écrire des scénarios, mais plus tard… quand elle aura obtenu son « bachelor » en philosophie, science des religions et anthropologie. Fan de Jean-Luc Godard, elle a insisté auprès de sa mère pour tourner nue. « La nudité m’aurait gênée si j’avais tourné avec un inconnu, raconte-t-elle. Pas devant la personne la plus bienveillante du monde, celle qui m’a vue nue un milliard de fois ! Et puis ça n’aurait pas été un clin d’œil au “Mépris” si je n’avais pas été nue. »

Devant ou derrière la caméra, entre Lisa et Thaïs, les retrouvailles sont toujours réussies. Pour tourner, Thaïs a fait une pause dans les études de philosophie qu’elle poursuit à l’université McGill de Montréal
Devant ou derrière la caméra, entre Lisa et Thaïs, les retrouvailles sont toujours réussies. Pour tourner, Thaïs a fait une pause dans les études de philosophie qu’elle poursuit à l’université McGill de Montréal © Alvaro Canovas / Paris Match

Aujourd’hui, Thaïs est « grande ». Mais, étudiante au Canada, elle continue à voyager avec son fidèle doudou, une poupée un brin macabre qui a, bien entendu, trouvé sa place dans « Mon bébé ». Et, surtout, Thaïs est toujours aussi proche de sa mère. « Lors de mon année sabbatique, je me suis installée en Inde pendant quatre mois. Partir seule avec un sac à dos était mon rêve de petite fille. Mais, à la dernière minute, je me suis ravisée et j’ai demandé à maman de venir avec moi. » Le climat a découragé Lisa Azuelos de suivre sa fille à Montréal. « Si Thaïs avait choisi Los Angeles, je n’aurais pas hésité une seconde. Notre relation n’est pas oppressante car nous ne sommes ni jalouses, ni possessives, analyse Lisa Azuelos. On est juste là l’une pour l’autre et c’est très agréable, dans la vie, d’avoir quelqu’un sur qui l’on peut compter de manière inconditionnelle. Alors oui, je serais sûrement censée avoir un mari ou quelqu’un d’autre, à ce stade… Mais en attendant, j’ai mon bébé. »

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